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8 Décembre 2012
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« L'attentat du 9 juin ? J'ai tout vu » Le 8 mai 2012, Axel Mielvaque, 20 ans, originaire de Vézac, s'envole vers sa première mission militaire : l'Afghanistan. Le pays où les insurgés talibans se rebellent. Cet ennemi invisible, « qu'on ne voit jamais arriver ». L'Afghanistan. Son histoire. Ses attentats. Tout se bouscule dans son esprit. « Je savais que j'étais amené à aller à l'étranger. C'est juste que là, ce n'était pas n'importe quelle destination ». L'appréhension le gagne. Six mois de préparation La peur de ne pas revenir vivant. « Parce qu'on sait que, quoi qu'il arrive, on va trouver l'ennemi ». Mais c'est comme ça. Il le savait en s'engageant dans l'armée, le 5 octobre 2010. Rattaché au 16 e bataillon de chasseurs à pied à Bitche, en Moselle, Axel Mielvaque suit plusieurs entraînements préparatoires, dont quinze jours au camp d'entraînement de Canjuers, dans le Var, où il est plus spécifiquement formé pour ce pays. Dans son bataillon, ils sont 150 à partir. Des militaires de son âge, pour qui c'est la première mission aussi. « Ça aide, psychologiquement. On en parle, on décompresse. » Et puis des quarantenaires, plus expérimentés, qui leur « donnent des conseils ». Les yeux dans le vide, Axel Mielvaque se souvient. Son moment le plus intense, c'est l'attentat suicide du 9 juin, mené par les insurgés. Il était sur les hauteurs de la province de Kapisa. Il scrutait la vallée pour riposter en cas d'attaque d'un convoi. Et là, sous ses yeux, une bombe explose. Quatre morts. Cinq blessés. Tous Français. « J'ai tout vu. » Marqué. Il évoque aussi la nuit, qu'il passait exceptionnellement sur une base américaine, sous une tente où il y avait 200 militaires comme lui. Et soudain, à 2 heures du matin, une chicome [roquette de taille importante] atterrit à une centaine de mètres de la tente. Pas de blessés. Juste l'angoisse. « Les nuits d'après, on se réveille au moindre bruit. Ça dure une semaine et puis ça passe. » Par moments, certains soldats en avaient assez. « La distance avec nos proches, c'est dur. Mais on s'y fait. Les coups durs, c'est dû à la fatigue. » « Etre à 100 % tout le temps » En six mois, la compagnie d'Axel Mielvaque a eu cinquante missions à l'extérieur du campement. Et à chaque sortie, « il faut être paré contre toute attaque ». Car la force des Talibans, c'est de « connaître le terrain ». En outre, physiquement, rien ne les distingue des civils afghans. La lutte contre l'insurrection, c'est donc principalement la riposte, « être à 100 %, tout le temps ». Comme cette fois où lui et sa patrouille devaient sécuriser la construction d'un pont. « C'était en début de mandat [ndlr : de François Hollande]. Notre section devait surveiller une zone précise, ceux qui surveillaient le secteur voisin ont été attaqués. Nous, on était un peu en retrait. Il y a eu un blessé léger. Il faut faire preuve de réflexes… Et puis, il y a une partie de chance », souffle-t-il. Axel Mielvaque est revenu parmi les siens le 12 novembre. Juste avant, le jeune militaire a fait une escale dans un sas de décompression à Chypre. Une parenthèse pour éviter un retour trop brutal. Massages, séances de psychothérapie, de relaxation. Le tout dans un hôtel où les militaires côtoient des civils. Essentiel, car « en Afghanistan, on vit dans un autre monde, on est tous en treillis ». Le retour à la vie normale des militaires se fait en douceur. En France, « certains gardent des réflexes. À chaque fois qu'ils doivent prendre leur voiture, ils vérifient si elle n'est pas piégée. Des fois, je cherche, sans faire attention, l'arme que je portais en permanence là-bas ». Ailleurs, « ce ne sera pas la même adrénaline » En 2013, il partira peut-être au Liban. Mais il sait déjà que « ce ne sera pas la même adrénaline ». Pour l'heure, Axel Mielvaque récupère. « On est bien en France. Le peuple afghan vit dans une extrême misère. » Depuis le retrait des troupes françaises, l'armée afghane doit lutter un peu plus seule contre l'insurrection. « Je pense que les militaires afghans en ont les capacités. Ils sont bien entraînés, maintenant. Pour moi, la mission est remplie. » Ann-Catherine Modoloann-catherine.modolo@centrefrance.com